Semaine de la langue française du 14 au 24 mars

Organisée par le ministère de la culture et de la communication, la semaine de la langue française encadre la journée internationale de la francophonie fixée au 20 mars 2008.

Liens contextuels:

Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles

La Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, adoptée en 2005, est un instrument juridique international contraignant.

Elle est entrée en vigueur le 18 mars 2007.

La vocation de la Convention est de renforcer les cinq maillons
inséparables de la même chaîne, à savoir la création, la production, la
distribution/diffusion, l’accès et la jouissance des expressions
culturelles véhiculées par les activités, biens et services culturels.

En particulier, la Convention entend notamment :

  • réaffirmer le droit souverain des Etats d’élaborer des politiques culturelles.
  • reconnaître la nature spécifique des biens et services culturels en tant que porteurs d’identité, de valeurs et de sens.
  • renforcer la coopération et la solidarité internationales en vue de favoriser les expressions culturelles de tous les pays.

Cette convention constitue – après la Convention de 1972 concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel et celle de 2003 pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel – l’un des trois piliers de la préservation et de la promotion de la diversité créatrice.

Elles renforcent l’idée de la Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle (2001), selon laquelle la diversité culturelle doit être considérée comme un « patrimoine commun de l’humanité » et sa « défense comme un impératif éthique inséparable du respect de la dignité de la personne humaine ».

Vous pouvez prendre connaissance du texte de la convention sur: http://www.unesco.org/culture/culturaldiversity/convention_fr.pdf

Vie et Mort des langues

L’Etat parvient rarement à imposer à une population une langue dont elle ne veut pas ou plus.

Les langues évoluent, naissent et meurent, en fonction des besoins de leurs locuteurs.

A l’instar de l’écologie qui présente les différents niveaux de la vie comme une série d’emboîtements allant de la cellule à l’écosphère, les langues du monde peuvent être représentées comme un système « gravitationnel ».

La clef de voûte de ce dernier est aujourd’hui l’anglais, langue « hypercentrale » autour de laquelle gravitent une dizaine de langues « supercentrales ».

Cent à deux cents langues « centrales », liées aux « supercentrales » par les locuteurs bilingues, sont à leur tour le pivot de la gravitation de 4 à 5 000 langues « périphériques ».

Toutes ces langues n’ont donc pas le même poids, la même force, le même avenir.

Celui-ci étant incertain pour la grande majorité d’entre elles, on se mobilise de plus en plus pour les protéger.

Les langues, comme les bébés phoques ou les baleines, sont considérées comme des espèces menacées, mais, ces inquiétudes ne concernent pas seulement les langues « périphériques ». Elles se manifestent aussi à propos de langues de grande diffusion, hyper ou supercentrales, comme l’anglais ou le français.

Ainsi, aux Etats-Unis, des organisations comme US English, US First ou Save Our Schools militent pour que l’anglais soit reconnu comme la seule langue officielle du pays, s’opposant au bilinguisme que laisse présager les migrations importantes d’hispanophones.

En France, la loi du 4 août 1994 (dite «loi Toubon») a tenté de réglementer l’usage de la langue française en luttant contre les emprunts.

Une peur irréfléchie face aux emprunts,

La pureté de la langue est un mythe, qui condamne à l’immobilisme. Le latin de Cicéron est peut-être une langue pure, mais plus personne ne le parle et l’on pratique aujourd’hui, sous des noms divers (italien, espagnol, roumain, français, catalan, etc.) des latins différents, qui ont évolué au fil de l’histoire.
Ce mythe, cette volonté de protection, témoignent d’une peur irréfléchie face au changement, aux emprunts, à l’évolution, comme si seule la stabilité pouvait garantir l’identité.

Dès lors, jusqu’où peuvent ou doivent aller les politiques linguistiques de protection des langues?….

Est-il possible de maintenir en survie, par une sorte d’acharnement thérapeutique ou de mise sous perfusion, des formes linguistiques abandonnées par leurs locuteurs?…
Bien sûr, certaines politiques linguistiques ont été des succès.

Ata Türk a pu, de façon autoritaire, réformer l’orthographe du turc, supprimer de son lexique les emprunts à l’arabe et au farsi.

L’Indonésie s’est donné une langue d’unification, le bahasa.

Mais ailleurs, les choses ont été moins simples. La politique d’arabisation en Algérie se heurte toujours à de grandes difficultés, et les tentatives de Sékou Touré de faire de la Guinée un pays officiellement plurilingue ont été un énorme échec.

«Guerre des langues» : une métaphore commode,

En fait, une politique linguistique ne réussit que lorsqu’elle va dans le sens que la pratique sociale a esquissée, et ne parvient que rarement à imposer à une population une langue ou une réforme dont elle ne veut pas.

On peut donc se demander s’il est possible de défendre (ou de sauver) une langue dont les locuteurs ne veulent plus. Car ce n’est pas alors la langue qui est en cause mais la valeur que ses locuteurs lui attachent. La politique linguistique ne peut pas les ignorer.
Une langue en effet ne disparaît pas seulement parce qu’une autre langue la domine, mais aussi et peut-être surtout parce que les citoyens acceptent ou choisissent de l’abandonner, de ne pas la transmettre à leurs enfants. La «guerre des langues» est une métaphore commode, mais les langues, elles-mêmes, ne peuvent pas se faire la guerre. Ce sont les êtres humains qui luttent, s’opposent ou composent. Et nous pouvons suivre leurs relations conflictuelles à travers les relations entre leurs langues.
Pour un linguiste, la disparition d’une langue est toujours regrettable, mais les langues ne sont pas des objets d’art. Elles appartiennent à ceux qui les parlent et changent tous les jours, s’adaptent à leurs besoins: elles doivent servir les hommes et non l’inverse. Car les langues évoluent sans cesse, dans leurs formes et dans leurs rapports. Et si les unes meurent, d’autres naissent, souvent sous nos yeux.
Depuis la chute du mur de Berlin et l’éclatement de la Yougoslavie, de nouveaux Etats sont apparus et, avec eux, de nouvelles langues sont en train de s’affirmer: le bosniaque, le serbe, le croate, que l’on considérait il n’y a guère comme une seule langue, le serbo-croate. Leurs locuteurs, pour mieux marquer leur identité, sont en train d’accentuer et de durcir les différences qui ne reposaient que sur quelques dizaines de mots. De la même façon, la division de la Tchécoslovaquie en Tchéquie et en Slovaquie va faire du tchèque et du slovaque des langues de plus en plus éloignées.
En Afrique francophone, l’appropriation de la langue officielle, le français, se manifeste dans l’émergence de formes locales: on ne parle pas tout à fait le même français au Sénégal et au Gabon, au Niger et en Côte-d’Ivoire.

Ces différences pour l’instant légères préfigurent peut-être un éclatement à venir du français qui deviendrait la «langue mère» d’une nouvelle génération de parler, comme le latin est la langue mère des langues romanes. Il en va de même de l’anglais, de l’arabe, de l’espagnol.

On ne parle pas tout à fait la même langue à Madrid et à Buenos Aires, à Londres et à Bombay, et pas du tout à Rabat et à Ryad. Car la fonction des langues a des retombées sur leur forme.

Sur les marchés africains, dans les capitales, les langues véhiculaires qui assurent la communication commerciale se différencient lentement de leurs variantes vernaculaires: le wolof de Dakar n’est plus le même que celui des paysans, le bambara de Bamako n’est pas semblable à celui de Ségou, situé à 230 km de la capitale.
Aux XVIIe et
XVIIIe siècles, dans des conditions différentes, des créoles étaient apparus, solution linguistique à un problème de communication rencontré par les esclaves de langues différentes importés vers les îles de l’océan Indien ou des Caraïbes.

A partir de langues européennes comme l’anglais, le français ou le portugais, ils créèrent des langues aujourd’hui différenciées: un Mauricien, un Haïtien et un Guyanais ne se comprennent pas, même si leurs langues ont un ancêtre commun, le français.

Demain peut-être, les enfants de migrants parleront, à côté de la langue de leur pays d’accueil, un turc d’Allemagne ou un arabe de France, différent de celui du pays d’origine.

L’anglais en voie de diversification rapide,

L’anglais pourrait ainsi ne pas échapper à ce processus. Sa domination mondiale est aujourd’hui un fait indiscutable, et à moyen terme durable.

Mais l’histoire nous montre que plus une langue se répand sur un vaste territoire, plus elle tend à se diversifier. Ce qui est arrivé au latin arrivera peut-être à l’anglais. De ce point de vue, le paysage linguistique mondial va bien évidemment se modifier dans les prochains siècles. De nombreuses langues, aujourd’hui parlées par quelques personnes, sont en train de disparaître, de nouvelles langues apparaissent ou apparaîtront. C’est-à-dire que, dans le modèle gravitationnel esquissé plus haut, les langues et leurs fonctions vont se modifier, que la langue hypercentrale ou les langues supercentrales pourront changer, que certaines langues périphériques pourront devenir centrales, et vice versa. Car, pas plus que l’Histoire, l’histoire linguistique ne s’arrête avec le présent, elle se poursuit, elle est à tout moment mue, travaillée par les pratiques des locuteurs.

Jean-Louis Calvet, professeur de socio-linguistique à l’Université de la Sorbonne (Paris).

Il est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages (traduits dans une dizaine de langues), parmi lesquels Pour une écologie des langues du monde (Plon, 1999), La Guerre des langues (réédité en 1999 chez Hachette), Les politiques linguistiques (PUF, 1996), Histoire de l’écriture (Plon, 1996) et L’Argot en vingt leçons (Payot, 1994).

En 1693, alors qu´aux succès du règne de Louis XIV a succédé une période difficile, où la France dut faire face à l´Europe liguée contre elle.

Charpentier proclame, dans sa Réponse au discours de réception de La Bruyère à l´Académie : Discours prononcé dans la séance publique le 15 juin 1693 en réponse à celui de M. de La Bruyère, reçu à la place de M. l’abbé de La Chambre, le 15 juin 1693.

PARIS LE LOUVRE

« Il y a une certaine fatalité qui joint ordinairement ensemble l´excellence des armes et celle des lettres, et qui fait que la langue des peuples est dans sa plus haute splendeur sous les règnes de leur plus grand rois, la supériorité de votre puissance, ( il s´adresse à Louis XIV ) a déjà rendu le français, la langue dominante de la plus belle partie du monde.

Tandis que nous nous appliquons à l´embellir, vos armes victorieuses la font passer chez les étrangers, nous leur en facilitons l´intelligence par notre propre travail,et vous la leur rendez nécessaire par vos conquêtes, l´étendue de la langue française est digne de la noblesse de son origine. Elle passe les limites du royaume. Elle ne se borne ni par les Pyrénées et les Alpes, ni par le fleuve du Rhin. On entend le français dans toute l´Europe.

La langue française possède à Paris son Académie, mais elle a dans les autres Etats des écoles et des maîtres qui l´enseignent ; elle est connue dans toutes les cours, les princes et les grands la parlent, les ambassadeurs l´écrivent, et le beau monde en fait une mode, et un air de politesse, aujourd´hui, il y a peu de personnes de louable qualité, qui ne prennent plaisir à l´exercice de cette langue, elle est de toutes les langues, celle qui exprime avec le plus de facilité, de netteté et de délicatesse, tous les objets de la conversation des honnêtes gens, et par là, elle contribue, dans toute l´Europe, à l´un des plus agréments de la vie, il faut revenir à la langue française quand on veut converser, moins diffuse que toute autre, moins difficile à prononcer, elle n’exige ni une abondance de mots ni des efforts de gosier pour donner du corps aux pensées…. »

Thomas Mann, Prix Nobel de littérature (1929) se plaisait à dire, « Parler français, c’est plus que parler… »

Andorre se pare des couleurs de la France

M. Abdou Diouf célébrera la Journée internationale de la Francophonie, le 20 mars, dans la principauté d'Andorre, accueillie par le Sommet de la Francophonie à Bucarest en septembre 2006 comme membre de plein droit de l'Organisation internationale de la Francophonie, après y avoir siégé comme membre associé depuis 2004.
Une occasion pour faire découvrir ce pays aux francophones des cinq continents et de faire connaître la Francophonie dans sa dimension internationale aux Andorrans.
Le 20 mars, le Secrétaire général rencontrera à Andorra la Vella les plus hautes autorités, avant de donner une conférence sur la Francophonie, à 19 heures, à l'amphithéâtre de Prada Casadet.
Il assistera dans la soirée au concert de l'artiste sénégalais Ismaël Lô qui se produira avec son orchestre à l'Auditorium national d'Andorre à Ordino.
Message du Secrétaire général de la Francophonie à l'occasion de la Journée internationale de la Francophonie 2007

« Vivre ensemble, différents »

C’est en ces termes que nous avons choisi de célébrer, ce 20 mars, la Journée internationale de la Francophonie. Car ces mots sont là pour nous rappeler tout ce qui nous rapproche, mais aussi tout ce qui nous sépare, pour nous rappeler ces différences précieuses qui font la diversité et la richesse de la communauté francophone, mais aussi ces différences intolérables qui fondent l’action de la Francophonie.

Que cette Journée soit l’occasion, pour tous, partout, sur les cinq continents, de fêter la langue française qui nous offre la chance formidable de communiquer par-delà les frontières et les océans, de nous rencontrer, d’entrecroiser nos cultures, nos traditions, nos imaginaires. Cette langue que nous avons en partage est à la fois une et plurielle, parce qu’elle appartient à tous les francophones, parce que tous les francophones la fécondent aux accents de leur propre langue et de leur propre culture. Que cette Journée soit donc l’occasion de voir s’exprimer avec éclat la littérature francophone, la chanson francophone, le cinéma francophone, la création francophone !

Que cette Journée soit l’occasion, également, de garder à l’esprit que la langue française nous rassemble pour servir ces valeurs que sont la solidarité, l’équité, la paix. Ayons à l’esprit que la Francophonie réunit des pays parmi les plus industrialisés et des pays parmi les moins avancés, qu’elle réunit des pays où tous ont accès à l’éducation, à la formation, aux technologies les plus modernes de l’information et de la communication et des pays où les enfants ne connaissent pas même le droit à l’alphabétisation, des pays en paix et des pays en situation de crise ou de conflit meurtrier. Et ce sont bien ces différences intolérables qui justifient notre volonté d’agir, et de dénoncer sans cesse !

Que cette Journée soit donc l’occasion pour les plus favorisés d’entre nous d’avoir une pensée pour les plus défavorisés.

Qu’elle soit l’occasion d’exprimer notre solidarité, notre amitié, notre fraternité !

Fêtons, ensemble, ce qui nous rapproche !

Vivons ensemble, solidaires, ce qui nous sépare !

Vivons et fêtons, ensemble, la Francophonie !

6 000 langues, un patrimoine en danger …

En marge de la prochaine Journée Internationale de la Francophonie ( 20 Mars 2007 ) nous vous proposons d'oublier quelques instants le sempiternel dossier relatif au " réchauffement de la planète " en lisant cet article qui nous paraît être tout aussi alarmant,

…..ce constat est dressé par Monsieur Ranka Bjeljac-Babic, maître de conférences et chercheur en psychologie du langage à l’ Université de Poitiers (France).

6 000 langues, un patrimoine en danger …

Dix langues meurent chaque année dans le monde, avec elles disparaissent des trésors culturels,

Parce que ce processus d'extinction s'emballe, un sursaut international est requis, l' immense majorité des langues serait-elle condamnée à disparaître à court terme?…. Les linguistes estiment qu'un idiome ne peut survivre qu'à condition de compter au moins 100.000 locuteurs, or, sur les quelque 6 000 langues qui existent actuellement dans le monde, la moitié, comptent moins de 10.000 locuteurs et un quart, moins de 1.000, à peine une vingtaine sont parlées par des centaines de millions de personnes.

La mort des langues n'est pas un phénomène nouveau, depuis qu'elles se sont diversifiées, au moins 30.000 sont nées et se sont éteintes, souvent sans laisser de trace, d'aucuns portent ce nombre jusqu'à 500.000; à cette très grande mortalité correspond une durée moyenne de vie relativement courte, rares sont celles qui, comme le basque, l'égyptien, le chinois, le grec, l'hébreu, le latin, le persan, le sanskrit, le tamoul et quelques autres ont soufflé leurs 2.000 bougies.

Internet et l'exclusion des "petites" langues,

Ce qui est nouveau, en revanche, c'est la vitesse à laquelle elles périssent en ce moment, en remontant dans le temps, on s'aperçoit que le déclin de la diversité linguistique a été considérablement accéléré par les conquêtes colonialistes européennes qui ont éliminé au moins 15% des langues parlées à l'époque. Au cours des trois derniers siècles, l'Europe en a elle-même perdu une dizaine, en Australie, il ne reste plus que 20 des 250 langues parlées à la fin du XVIIIe siècle, au Brésil, environ 540 (soit les trois quarts) sont mortes depuis le début de la colonisation portugaise, en 1530.

La naissance des Etats-nations, dont l'unité territoriale était étroitement liée à leur homogénéité linguistique, a également joué un rôle décisif dans la consolidation des langues adoptées comme nationales, et la marginalisation des autres, déployant de gros efforts pour instaurer une langue officielle dans l'éducation, les médias et l'administration, les gouvernements ont consciemment visé l'élimination des langues minoritaires, ce processus d'homogénéisation s'est renforcé avec l'industrialisation et le progrès scientifique, qui ont imposé de nouveaux modes de communication, rapides, simples et pratiques. La diversité des langues a été alors perçue comme une entrave aux échanges et à la diffusion du savoir, le monolinguisme est devenu un idéal.

C'est ainsi qu'à la fin du XIXe siècle, est née l'idée d'une langue universelle (on a même songé à revenir au latin), qui a donné lieu à une prolifération de langues artificielles. Le volapük a été la première d'entre elles, tandis que l'espéranto a connu le plus vif succès et la plus grande longévité, plus près de nous, l'internationalisation des marchés financiers, la diffusion de l'information par les médias électroniques et les autres avatars de la mondialisation ont intensifié la menace qui pesait déjà sur les "petites" langues.

Une langue qui n'est pas employée sur Internet " n'existe plus " dans le monde moderne, elle est hors circuit, elle est exclue du "commerce". Le rythme d'extinction des langues a ainsi atteint des proportions sans précédent dans l'histoire : 10 par an à l'échelle mondiale; l'avenir paraît encore plus sombre, selon les pronostics, de 50 à 90% des langues parlées aujourd'hui mourront au cours de ce siècle, leur préservation est une affaire urgente.

Les conséquences de la disparition des langues sont graves à plus d'un titre, si nous devenions tous uniformément monolingues, notre cerveau en serait affecté, au point de perdre une partie de notre créativité linguistique innée, toute tentative de remonter aux origines du langage humain deviendrait impossible et le mystère de la "première langue" ne serait jamais percé, par ailleurs, avec la mort de chaque langue, un volet de l'histoire de l'humanité se referme.

Un " Rio de Janeiro des langues "

Le plurilinguisme est le reflet le plus fidèle du multiculturalisme, la disparition du premier entraînera inévitablement la perte du second, imposer une langue à des populations dont la culture et le mode de vie ne s'y identifient pas, c'est étouffer l'expression de leur génie collectif.

Les langues ne sont pas seulement le moyen privilégié de communication entre les humains, elles incarnent la vision du monde de leurs locuteurs, leurs imaginaires, leurs façons de véhiculer le savoir, malgré toutes leurs parentés, elles reflètent différemment la réalité. Ainsi, lorsqu'on répertorie les mots qui existent dans toutes les langues et ont strictement le même sens, on n'en trouve que 300 tout au plus, parmi eux, figurent: je, tu, nous, qui, quoi, non, tout, un, deux, grand, long, petit, femme, homme, manger, voir, entendre, soleil, lune, étoile, eau, feu, chaud, froid, blanc, noir, nuit, terre, etc.

Le danger qui pèse sur le multilinguisme est analogue à celui qui concerne la biodiversité, non seulement parce que la grande majorité des langues sont bel et bien des "espèces" en voie de disparition, mais aussi parce qu'entre la diversité biologique et la diversité culturelle, il existe un lien intrinsèque et causal. Cette corrélation s'explique par le fait que les groupes humains, en s'adaptant à l'environnement dans lequel ils évoluent, acquièrent une connaissance particulière de leur milieu qui se reflète dans leur langue et, souvent, uniquement dans celle-ci, ainsi, une grande partie des espèces végétales ou animales en péril ne sont connues à l'heure actuelle que par certains peuples, dont les langues s'éteignent, en mourant, elles emportent avec elles tous un savoir traditionnel sur l'environnement.

En 1992, le sommet de Rio a mis en place des dispositifs de lutte contre la réduction de la biodiversité, l'heure est venue d'un " Rio des langues ", la prise de conscience de la nécessité de protéger les langues remonte au milieu du XX ième. siècle, quand les droits linguistiques ont été intégrés dans la Déclaration universelle des droits de l'homme de l'ONU (article 2), depuis, une série d'instruments et un certain nombre de projets ont été mis en place, en vue de sauvegarder ce qui est désormais considéré comme patrimoine de l'humanité. Ces instruments ont au moins le mérite de ralentir le processus d'extinction des langues, à défaut de l'arrêter, et de promouvoir le multilinguisme dans le monde.

Ranka Bjeljac-Babic, maître de conférences et chercheur en psychologie du langage à l’Université de Poitiers (France).

La diversité linguistique, culturelle et biologique de la terre…

Les liens entre langue, culture et environnement laissent entendre que la diversité biologique, culturelle et linguistique doit être étudiée comme un tout, en tant que manifestations distinctes, mais étroitement et nécessairement apparentées, de la diversité de la vie sur terre.
Des chercheurs ont fait référence à ce nouveau terrain d’études sous le nom de “diversité bioculturelle”.
Partager un monde de différence : la diversité linguistique, culturelle et biologique de la Terre, auquel s’ajoute la carte la biodiversité culturelle du monde : peuples, langues et écosystèmes est un matériel éducatif co-publié par l’UNESCO, Terralingua et Fonds Mondial pour la Nature (WWF), destiné aux étudiants et au grand public, et qui introduit le concept de “diversité bioculturelle” en terme de développement durable.

Ethnologue, un des catalogues les plus utilisés des langues du monde, dénombre 6 809 langues utilisées (la plupart parlées, mais en incluant aussi 114 langues des signes) dans 228 pays en l’an 2000.
Cependant, moins de 300 de ce grand nombre de langues parlées de par le monde avait des locuteurs de plus d’un million, les langues les plus parlées étant le chinois mandarin, l’hindi, l’espagnol et l’anglais.
De plus, tout comme il y a des points chauds de biodiversités, il y a aussi des points chauds de biodiversité linguistique, c’est-à-dire des lieux dans le monde avec des concentrations de langues particulièrement élevées, comme la Papouasie Nouvelle Guinée et le Nigeria.

Les langues du monde représentent une richesse de créativité humaine extraordinaire.
Elles contiennent et expriment tout le “réservoir d’idées”, alimenté au fil du temps par le patrimoine, les traditions et les habitudes locales communiquées par les langues locales.
La diversité des idées véhiculées par différentes langues et nourries par différentes cultures est aussi nécessaire que la diversité des espèces et des écosystèmes à la survie de l’humanité et de la vie sur notre planète.
Dans de nombreux cas, la connaissance de traitements et remèdes naturels contres des maladies, transmise par des langues au cours de générations et liée à la flore locale, a été perdue à cause de l’abandon de langues et de cultures, et la destruction de l’habitat naturel.

La diversité culturelle est aussi nécessaire au monde que la biodiversité l’est pour notre planète.
Cependant, de la même manière que l’environnement mondial fait face à une crise grandissante de disparitions, la diversité culturelle du monde, en particulier la diversité et la richesse des langues, est menacée d’extinction.
Ethnologue dénombre 400 langues qui ont presque atteint un niveau de disparition à la fin du XX ème siècle, alors que l’Atlas des langues en péril dans le monde de l’UNESCO (édition 2001) estime que la moitié des langues du monde sont plus ou moins menacées d’extinction.

Pour faire face à ce problème de diversité culturelle, l’UNESCO soutient une éducation qui aide à maintenir et développer langues et cultures dans leur contexte écologique.

( source UNESCO – Paris 2007 )

Je me permets de vous relayer cette information, ce concept de diversité bioculturelle est intéressant, il nous faut certainement le prendre en compte et y réfléchir.

26 Septembre 2006 – Journée Internationale des langues

Les Langues sont bien plus que des mots, elles sont le reflet vivant des cultures…

Chaque année, le 26 septembre, la Commission européenne s’associe aux citoyens européens pour fêter la Journée européenne des langues.

Cette journée particulière, inaugurée par le Conseil de l’Europe au cours de l’Année européenne des langues de 2001, fournit à tous , l’occasion de célébrer la diversité des langues de l’Europe et d’encourager les gens à les apprendre.
Chaque jour, les linguistes de la direction générale de la traduction remplissent leur tâche, qui est d’aider la Commission à informer les citoyens européens et à communiquer avec eux.

Lors de la Journée européenne des langues, ils se sentent particulièrement fiers du rôle qui leur incombe : faire en sorte que, dans l’Union européenne, chacun puisse comprendre les messages de la Commission et contribuer à édifier l’Union dans sa propre langue.
Les manifestations de la journée européenne des langues s’articulent autour de plusieurs thèmes. Elles visent à expliquer comment et pourquoi le multilinguisme est l’une des valeurs essentielles de l’Europe et en quoi l’apprentissage des langues permet aux individus d’enrichir leur vie, de découvrir de nouvelles idées, d’exercer leur réflexion et de tirer profit de la diversité culturelle européenne.

Elles permettent également de démontrer que l’apprentissage linguistique peut être facile et qu’il peut considérablement accroître les perspectives de carrière professionnelle. Il s’ agit, en outre, de présenter les raisons pour lesquelles l’apprentissage précoce des langues permet le développement des compétences sociales des enfants et constitue un précieux atout pour toute leur vie.

Depuis l’année européenne des langues en 2001, la journée européenne des langues a lieu tous les ans, le 26 septembre.

Permettre au public de mieux appréhender l’importance de l’apprentissage des langues, lui faire prendre conscience de la diversité des langues parlées en Europe et encourager l’apprentissage des langues tout au long de la vie constituent les objectifs de cette journée.

Des manifestations sont organisées partout en Europe pour promouvoir la journée européenne des langues. Ces événements, ainsi que beaucoup d’autres, ont pour but d’inciter le public à apprendre une nouvelle langue et à prendre conscience de l’importance de la diversité linguistique.

Le premier Commissaire européen ayant la charge spécifique du multilinguisme – responsabilité ajoutée à son portefeuille de l’éducation, de la formation et de la culture – a déclaré:

« Le multilinguisme est la grande force de l’Europe. La journée européenne des langues reflète l’importance d’apprendre de nouvelles langues européennes.

Cet apprentissage est en eff ort essentiel , parce qu’il ouvre les portes vers les autres cultures et permet de relever de nouveaux défis. »

Les francophones dans le monde

Le français est avec l'anglais l'une des deux seules langues parlées sur tous les continents. Il est en outre la 9e langue la plus utilisée dans le monde.

175 millions de francophones.

Dans son rapport, "La Francophonie dans le monde 2004-2005", le Haut Conseil de la Francophonie estime que 175 millions de francophones sont répartis dans le monde, avec, par rapport à l'année précédente, une hausse du nombre de locuteurs capables de faire face aux situations de communication courante en français, autour de 115 millions, et une baisse du nombre de locuteurs ayant une compétence en français plus limitée, autour de 60 millions.

Le nombre de francophones est en augmentation d'une façon générale en Afrique subsaharienne et dans l'océan Indien, avec des situations sensiblement différentes suivant les pays. Il est, en revanche, en baisse dans la Caraïbe et, notamment, à Haïti. (…)

L'enseignement du français progresse sur le continent africain et au Moyen-Orient, mais stagne dans les autres régions du monde.

L'estimation du nombre d'apprenants de et en français au niveau scolaire et universitaire fait apparaître les chiffres suivants : 18 018 000 en Afrique du Nord et Moyen-Orient, 33 398 000 en Afrique subsaharienne et océan Indien, 8 490 000 en Amérique et Caraïbe, 2 020 000 en Asie et Océanie, 27 708 000 en Europe, soit un total de 89 634 000 (ils étaient 81 669 900 en 1998). C'est en Afrique subsaharienne et dans l'océan Indien que le taux est le plus élevé (38 %)."
Soit un total de 89 634 000 (ils étaient 81 669 900 en 1998). C'est en Afrique subsaharienne et dans l'océan Indien que le taux est le plus élevé (38 %)."

Quant au niveau de développement de l'espace francophone, le Haut Conseil de la Francophonie note qu' avec un dixième de la population mondiale et de sa richesse, l'espace composé des pays francophones contient l'éventail complet des inégalités de la planète : les chiffres du revenu par habitant, de l'espérance de vie, de l'endettement ou de l'indicateur du développement humain oscillent entre les plus élevés et les plus bas du monde. C'est sans doute ce qui explique que les pays membres de la Francophonie fassent preuve d'une solidarité renforcée entre eux par le biais de l'aide ou des échanges économiques, malgré les contradictions qui se révèlent notamment dans la question des subventions accordées par les pays du Nord à leurs producteurs, concurrents de ceux du Sud. Avec 15 % des échanges mondiaux, les pays francophones commercent volontiers entre eux : près de 24 % de leurs échanges en moyenne".

Source : communiqué de presse de l'OIF du 1er mars 2005 sur le rapport 2004-2005 du Haut Conseil de la Francophonie

Pays et régions du monde les plus francophones

"En Afrique subsaharienne, les trois pays qui regroupent le plus grand nombre de francophones et francophones partiels additionnés sont d'abord la Côte d'Ivoire, puis le Cameroun et la République démocratique du Congo. Mais, en pourcentage, le Gabon est de loin le premier avec 80 % de francophones, suivi – francophones et francophones partiels additionnés – par la Côte d'Ivoire, le Congo, le Cameroun et le Sénégal. Dans les pays de l'océan Indien, si Madagascar comptabilise le plus grand nombre de francophones, c'est à Maurice que la langue française reste la plus présente du fait de sa proximité linguistique avec le créole. En Afrique du Nord, si les francophones et francophones partiels sont plus importants en nombre au Maroc, c'est la Tunisie qui passe au premier plan en pourcentage. Au Moyen-Orient, le Liban devance largement l'Egypte en ce qui concerne les francophones en nombre et en pourcentage. Dans l'ensemble du Canada, l'augmentation du nombre de francophones rejoint les observations du poste diplomatique français, selon lequel " des progrès du français [sont] indéniables, notamment dans la région d'Ottawa ". Dans la Caraïbe, en revanche, on constate une baisse, due notamment aux difficultés récurrentes que rencontre Haïti. L'Asie, avec des chiffres très faibles, reste stable. Si l'anglais, par le biais notamment de l'Asean, continue sa pénétration dans la région, le français y demeure la langue de l'enseignement et de la transmission de savoirs dans des domaines très spécialisés comme la médecine. En Europe centrale et orientale, la Roumanie, puis la Pologne et la Moldavie sont les pays qui comportent le plus grand nombre de francophones et francophones partiels ; en termes de pourcentage, c'est la Moldavie, suivie par la Roumanie, qui l'emporte".

Source : OIF, synthèse du rapport du Haut Conseil de la Francophonie "La Francophonie dans le monde 2004-2005", Larousse, 2005, 328 p.

Evolution du nombre de francophones

En 1998, le Haut Conseil de la Francophonie dénombrait dans le monde :

  • 112 666 000 "francophones réels", pour lesquels le français est langue première, seconde ou d'adoption (soit 1,92 % de la population mondiale) ;
  • 60 612 000 "francophones occasionnels", pour lesquels l'usage et la maîtrise du français sont limités par les circonstances ou les capacités d'expression (soit 1,03 % de la population mondiale);
  • 100 à 110 millions de "francisants", qui ont appris le français pendant plusieurs années et en ont gardé une maîtrise variable, ou qui sont amenés à le pratiquer, même partiellement, pour leur métier.

Source : rapport 1997-1998 du Haut Conseil de la Francophonie, "Etat de la francophonie dans le monde", La Documentation française, 1999, 612 p.

Le Haut Conseil de la Francophonie observe en 1998, par rapport à ses dernières estimations en 1990, que le nombre de locuteurs en français serait en hausse dans plus de 50 pays, stationnaire dans une vingtaine de pays et en baisse dans une quinzaine de pays.
"En résumé, indique le rapport, l'on pourrait dire que l'évolution du nombre de locuteurs de français dans le monde est fortement corrélée à des facteurs multiples et dépendants de la situation socio-économique des pays. Facteurs démographiques, sociaux et scolaires en Afrique et au Maghreb ; facteurs géopolitiques liés à l'intégration européenne en Europe du Nord, centrale et orientale ; les facteurs culturels et médiatiques sont moins explicitement invoqués…". Enfin, le Haut Conseil de la Francophonie souligne "l'importance des coopérations, notamment dans certains pays d'Afrique, d'Europe centrale et orientale ou d'Amérique latine".

Dans son rapport 1990 (données 1989), le Haut Conseil de la Francophonie dénombrait dans le monde :

  • 104 612 000 "francophones réels" (soit 2 % de la population mondiale);
  • 54 225 000 "francophones occasionnels" (soit 1 % de la population mondiale).

Dans son premier rapport en 1985, il estimait à 106 millions environ le nombre de francophones dans le monde, soit une hausse de 4 millions de 1985 à 1989 (+ 4 %).

La langue française au sein de l'Union européenne.

En marge de la prochaine conférence du mercredi 5 avril 2006 qui nous est proposée par le Service Culturel de l'Ambassade de France sur le thème de : "Vie et mort des langues" par M. Claude HAGEGE, linguiste.

… l'Aliança vous propose à titre d'information les inquiétudes à notre avis justifiées, de Mr. Jacques Myard ( Conseiller des Affaires Etrangères – Député des Yvelines – Maire de Maisons-Laffitte )
L' étendue des territoires d'une langue désigne l'importance de la culture qu'elle y véhicule. Même si notre monde change, évolue vers la complexité, les langues constituent, dans les espaces où elles sont utilisées, des points d'ancrages face aux turbulences que provoque la mondialisation.

Proposition de résolution de M. Jacques MYARD tendant à la création d'une commission d'enquête sur la situation de la langue française au sein de l'Union européenne et dans le reste du monde, n° 2679, déposée le 16 novembre 2005 et renvoyée à la commission des affaires étrangères.

PROPOSITION DE RÉSOLUTION

… tendant à la création d'une commission d'enquête sur la situation de la langue française
au sein de l' Union européenne et dans le reste du monde,

Présentée par M. Jacques Myard – Député.

Exposé des motifs

Mesdames, Messieurs,

Le français, langue de la République, est notre bien commun, le lien indéfectible de la cohésion sociale. La Constitution française dispose dans son article 2 que « la langue de la République est le français ». La loi du 4 août 1994 relative à l'emploi de la langue française, connue sous le nom de loi Toubon, énonce qu'elle est « un élément fondamental de la personnalité et du patrimoine de la France (…), le lieu privilégié des Etats de la communauté francophone. » Plus que pour aucun autre Etat dans le monde, en raison de son histoire, elle est, dans notre pays, un élément constitutif de son identité, de son indépendance, et de son rayonnement.

Langue de la diplomatie et des traités, le français est reconnu comme langue officielle au sein des institutions de l'Union européenne. Elle est reconnue comme telle par les Nations Unies et au sein de maintes organisations internationales. 56 pays ont le français en partage et quelque 180 millions de personnes le parlent à travers le monde, ce qui la classe au 9e rang.

Cette prééminence oblige notre pays et lui commande de consentir des efforts particuliers en faveur de la promotion du français et de la francophonie. Pourtant, la situation du français est préoccupante. Dans les relations diplomatiques internationales, et au sein de l'Union européenne, dans les échanges commerciaux, les grandes entreprises mondialisées, dans les médias ou l'enseignement, la langue française est en recul face à la domination de l'anglo-américain, autrement qualifiée de « langue de communication internationale ».

Le recul de la langue française est particulièrement net au sein de l'Union européenne dans laquelle notre pays a l'ambition de continuer à être un acteur de poids.

Si, en effet, le français est garanti en droit et ancré dans la plupart des institutions de l'Union qui consacre le principe d'égalité officielle des langues, objet du règlement 1/58 du 15 avril 1958, la réalité est tout autre : son emploi recule, l'élargissement historique de l'Union avec l'arrivée de près de 10 nouvelles langues accentuant cette tendance. Langue officielle et de travail à la Commission et dans les divers organes de l'Union, bénéficiant d'un traitement privilégié dans le système juridictionnel communautaire, le français est plus ou moins ouvertement remis en cause dans les faits, parfois par les hauts fonctionnaires français eux-mêmes.

Cette dérive des institutions européennes vers le tout anglais est spécialement sensible au sein de la Commission et s'opère au mépris des traités.

Ainsi, de nombreux documents envoyés par les institutions de Bruxelles, rédigés exclusivement en anglais, servent désormais de base de travail aux services de l'Etat qui, par facilité, s'interdisent de réclamer l'envoi de versions françaises. Les représentants français tolèrent ces atteintes sous prétexte que la réclamation de textes rédigés en français nuirait à la capacité de réaction lors de la négociation internationale.

Par ailleurs, les exemples d'infractions aux règles linguistiques de l'Union abondent, telles que des annonces de recrutement destinées exclusivement à des candidats de langue maternelle anglaise ou des appels d'offres rédigés en anglais.

Les empiètements dans le domaine linguistique des Etats sont patents, qu'il s'agisse des règles d'étiquetage et de présentation des produits imposées par les directives de Bruxelles ou de la conception prônée par la Cour de Justice qu'il est de moins en moins utile de traduire dans les langues nationales à partir d'une langue « aisément compréhensible ».

De même, la Banque centrale européenne – dont le président, au mépris du droit de l'Union européenne et de sa propre nationalité, il y a quelque temps, n'avait pas hésité à s'exprimer en anglais devant le Parlement européen -, l'Office Européen des Brevets participent à la domination de l'anglais. La réforme des brevets européens, inspirée par le souci de réduire le coût du dépôt, a conduit à la signature du protocole de Londres en 2001 avec la mise en place de langues « pivot ». Ce texte, s'il était ratifié, porterait une atteinte grave à la place du français dans la désignation des nouveautés scientifiques et techniques.

Au sein des enceintes internationales, au FMI comme à l'ONU, à l'OMC comme à l'OCDE, à l'OTAN, le nombre de pays s'exprimant en français a fortement décru. De plus, les exemples abondent de la préférence donnée à l'anglais par les représentants français, ce en dépit de la circulaire du 14 février 2003.

Ainsi, le personnel de la force militaire intégrée de l'OTAN dernièrement implantée à Lille est tenu de travailler, de s'exprimer et d'exécuter les ordres en anglais.

De même, lors des derniers Jeux Olympiques qui se sont déroulés à Athènes, des violations flagrantes de l'usage du français ont été constatées.

La question de la place du français sur la scène internationale pose évidemment le problème de l'enseignement, des moyens que notre pays veut se donner pour attirer les meilleurs étudiants notamment du monde francophone, de l'efficacité des instituts culturels à l'étranger, au nombre de 150 dans 90 pays, de la formation des non-francophones au français. A la différence d'autres langues, espagnol, chinois ou arabe, la langue française n'a pas l'atout maître de la démographie comme langue maternelle. Elle dépend majoritairement de son apprentissage et des formes d'enseignement. Les anglo-saxons exercent à cet égard une très forte concurrence dans leur offre de systèmes éducatifs, école de commerce, d'ingénieurs ou universités, et mènent une puissante offensive qui doit nous pousser à agir plus vigoureusement en ce domaine.

Toutefois, ce déclin n'est pas une fatalité ni le combat pour le respect et la promotion de la langue française une attitude d'arrière-garde. Ce combat n'est pas un repli défensif et frileux sur notre langue et le pré carré français, un refus d'ouverture au monde ; il se veut au contraire une attitude dynamique de valorisation et de promotion de la langue et, à travers elle, de la préservation de la diversité et richesse culturelle et linguistique du monde. C'est cette ambition que les autorités françaises ont défendue avec succès au sein de la convention de l'UNESCO sur la diversité linguistique et culturelle. Les pays étrangers attendent donc que la France donne l'exemple du respect de sa langue, y compris sur son territoire où elle est particulièrement malmenée : comment demander à nos partenaires d'utiliser notre langue si nous-mêmes avons renoncé à nous en servir ?

Une prise de conscience des enjeux de l'abandon du français s'opère au sein des médias, de la presse, chez certaines élites et nos concitoyens, tandis que les syndicats sont de plus en plus prompts à dénoncer les atteintes portées contre l'usage du français.

Une langue est une structure de pensée, elle est aussi un atout économique dans le monde d'aujourd'hui. La valorisation de nos produits et de nos biens, de notre patrimoine, de notre image dépend de notre capacité à préserver notre langue et à favoriser son rayonnement.

Il incombe désormais aux Représentants de la Nation de débattre de son avenir linguistique.

Sur un thème qui dépasse de loin les clivages partisans, une commission d'enquête est de nature à dresser un état des lieux, d'évaluer l'étendue de ce déclin, ainsi que ses raisons profondes.

Elle aura pour objet de mesurer ses conséquences, sa portée et de proposer les axes et les moyens qui permettront de réaffirmer la place de la langue française en Europe et sur la scène internationale.

Telle est la proposition de résolution que je vous prie, Mesdames, Messieurs, de bien vouloir adopter. /……..